Pour la couture du cuir à la main (point sellier / saddle stitch), on utilise des aiguilles de sellier dotées d'une pointe arrondie et émoussée. Les plus populaires et appréciées sont les aiguilles John James en taille 002 ou 004. Le bout émoussé empêche de percer le fil lorsque les aiguilles se croisent dans le trou.
Les débuts dans le travail du cuir s'accompagnent souvent de frustration lors de la couture. De nombreux passionnés de maroquinerie tentent d'utiliser des aiguilles de couture classiques, ce qui se solde rapidement par des doigts piqués, un fil effiloché et une couture de travers. Le secret d'un point parfait réside dans un outillage adapté, et le choix de la bonne aiguille y est absolument crucial. Pour travailler le cuir, on emploie des aiguilles de sellier (harness needles) spécifiques, qui diffèrent radicalement de leurs homologues textiles. Leur conception, la forme de leur chas et, surtout, le profil de leur pointe ont été pensés spécifiquement pour la technique de couture à deux aiguilles, connue sous le nom de point sellier (saddle stitch). Comprendre ces différences est la première étape pour créer des articles de maroquinerie au rendu professionnel.
Pourquoi une aiguille pour le cuir doit-elle être à bout rond ?
La caractéristique la plus surprenante des aiguilles pour le cuir professionnelles est leur pointe : elle est nettement arrondie et émoussée. Contrairement aux matières textiles, où l'aiguille doit se frayer elle-même un chemin entre les fibres, en maroquinerie, les trous de couture sont préparés à l'avance. On utilise pour cela des griffes à frapper ou des alênes, qui percent ou écartent le cuir épais. La fonction de l'aiguille n'est donc pas de faire un trou, mais simplement de guider le fil en douceur à travers celui-ci.
Le bout émoussé revêt une importance fondamentale lors de la réalisation du point sellier. Dans cette technique, deux aiguilles se croisent dans le même trou étroit. Si nous utilisions des aiguilles pointues, il y aurait un risque énorme que la deuxième aiguille ne vienne percer le fil guidé par la première. Percer le fil (un phénomène connu sous le nom de piercing) le bloque, empêche de serrer correctement le nœud et entraîne souvent la rupture du point, ce qui oblige à découdre toute une section du travail. Une aiguille de sellier à bout rond, en rencontrant le fil dans le trou, glisse tout simplement dessus, garantissant un travail fluide et sans stress.
Comment adapter la taille de l'aiguille à l'épaisseur du fil et aux griffes à frapper ?
La taille de l'aiguille doit être précisément adaptée à l'épaisseur du fil pour le cuir utilisé, ainsi qu'à la taille des trous réalisés par les griffes à frapper. Une aiguille trop grande passera difficilement dans de petits trous, les déformant et rallongeant le temps de travail. À l'inverse, une aiguille trop petite aura un chas trop étroit pour y enfiler un fil plus épais. Dans le monde de la maroquinerie, le leader incontesté est la marque britannique John James, et son système de tailles est devenu la norme dans l'industrie.
Pour la plupart des projets de petite maroquinerie, comme les portefeuilles ou les bracelets de montre, où l'on utilise un fil d'une épaisseur de 0,45 mm à 0,6 mm, le choix idéal se porte sur les aiguilles de taille 004 (qui sont plus petites). Si nous travaillons sur des projets plus massifs – des sacs, des ceintures en cuir ou des étuis à couteaux – et que nous utilisons un fil d'une épaisseur de 0,8 mm à 1,0 mm (par exemple, un fil Slam plus épais ou du Ritza Tiger), les aiguilles de taille 002 (plus grandes) seront bien plus adaptées. Le chas des aiguilles John James est conçu de manière à ce que le fil, une fois enfilé et bloqué, crée la plus petite surépaisseur possible, ce qui facilite le passage de l'ensemble à travers le cuir.
La technique de blocage du fil sur l'aiguille
Même la meilleure aiguille ne remplira pas son rôle si le fil n'y est pas correctement bloqué. Dans la couture classique, on passe simplement le fil dans le chas et on fait un nœud à l'extrémité. En maroquinerie, on utilise la technique du blocage (locking the thread). Elle consiste à passer le fil dans le chas, puis à percer le fil lui-même avec la pointe de l'aiguille (dans ce seul et unique cas, le bout émoussé demande un peu de force) et à le tirer vers le bas, jusqu'à la base du chas.
Cette manipulation crée un nœud plat et sécurisé juste au niveau du chas de l'aiguille. Grâce à cela, le fil ne glissera jamais de l'aiguille lors de son passage à travers les trous étroits d'un cuir tannage végétal épais. C'est absolument indispensable, car le point sellier nécessite de tirer et de tendre fréquemment le fil avec beaucoup de force. Il est bon de rappeler que les aiguilles s'usent avec le temps : elles peuvent se tordre en travaillant un cuir tannage végétal très ferme ou perdre le côté lisse de leur revêtement. Il est toujours judicieux d'avoir une réserve de bonnes aiguilles dans son atelier, car travailler avec un outil tordu réduit considérablement le confort et la précision de la couture.







